the dreamwaver

Publié le 26 novembre 2013 à 21 h 54 min | par Richard

George Duke the piano giant

George Duke est mort le 5 aout 2013. Un des géants du jazz fusion et surtout du funk est mort dans l’indifférence quasi générale. George Duke fait partie des piliers du monde restreint des pianistes qui ont électrifié l’univers du jazz funk au même titre que Joe Zawinul, Herbie Hancock, Lonnie Liston Smith et le trop oublié Gene Harris.

Pourtant, en 2010 est sorti un superbe coffret de 4 disques retraçant sa longue et prolifique carrière. Georges Duke laissera derrière lui un jeu de piano inimitable teinté de gospel, de funk avec une dextérité hors du commun. Petite rétrospective de ses meilleurs albums pour réparer le préjudice.

Un coffret représentatif de la carrière du pianiste funk, téléchargeable sur Qobuz :

george duke original classics

http://www.qobuz.com/album/original-album-classic-george-duke/0884977719147

Prendre quelques albums retraçant la pléthorique carrière de celui qui a été les claviers de Michael Jackson et de Al Jarreau ne fut pas une mince affaire… La tâche fut rude de piocher dans la moelle musicale de celui qui fut le plus grand pianiste de funk du vingtième siècle.

Il a fallu disséquer les 41 albums solo, les 9 compilations, les 14 albums avec Frank Zappa, les centaines de collaboration avec les plus grands musiciens au monde. Si vous deviez partir sur une île déserte avec Adrianna, Clara ou les deux, voilà de quoi satisfaire vos oreilles de la funk jazz acidulée d’un des maîtres du genre.

Trois périodes distinctes

Quand on écoute l’énorme discographie de George Duke ce qui saute au oreilles va de pair avec la constatation qui en découle. Il y a trois George Duke.

1967-1979

La première période de 1967 à 1979 aborde avec brio le funk, la soul et la musique latine brésilienne.

Des albums repoussant toujours les limites de l’écriture, influencé par un Frank Zappa, compositeur de génie polymorphe inclassable, avec qui il jouera 14 albums.

Plus de dix années aussi, à jouer du jazz avec les plus grands. Sonny Rollins, Cannonball Adderley, Quincy Jones, Al Jarreau, Miles Davis et tant d’autres.

Puis vient une lente mutation en fréquentant Billy Cobham et Stanley Clark dans les années 70, avec quelques premières tentatives commerciales comme l’album funk, Follow the rainbow en 1979 influencé par Earth Wind and fire.

Mais l’album marquant le tournant sera « master of the game » montrant les prémices de ce que sera définitivement le son George Duke. Il ne faut pas oublier non plus « Don’t let go » de 1978, très abouti pour l’époque.

1980 à 1992

Malgré la collaboration avec Stanley Clark sur deux CD, les années 80 marqueront une zone de flottement dans la carrière du pianiste, s’écartant des origines, avec des albums très emprunts du son FM électronique de l’époque. Certains adorent, d’autres comme moi y sont totalement hermétiques. Sur les 7 albums de cette période, il restera surtout en 1989 « Dream on » pour les amateurs du genre.

1993 à 2013

Les années 90 avec l’album Snapshot en 1992 marque la transition du son FM vers la smooth jazz et le retour aux sources vers la jazz fusion, léché aux petits oignons, fusionnant avec le son de la génération de Marcus Miller, lui même enfant du son FM des années 80.

Quelques albums représentatifs de George Duck.

A Brazilian Love Affair George Duke CBS jazz ( Columbia Epic Legacy music.) 1979

a brazilian love affair george duke

Grand classique du groove pianiste première période, « A love brazilian affair » hisse haut les couleurs des rythmes brésiliens caressés du jeu tout en finesse du jazz man. Un album plutôt rêveur et détendu rempli de subtilités et de cuivres rutilants.

Un album qui s’écoute au fil du temps, un cocktail à la main, les pieds plongés dans le sable chaud et fin d’une plage avec l’océan à perte de vue.

L’album est teinté d’une bossa nova latin jazz sophistiquée aux cœurs enjoués venant chasser parfois sur les terres africaines. Un classique surtout pour les initiés et fan du maître.

http://www.qobuz.com/album/a-brazilian-love-affair-george-duke/0074645303222

Reach for it, Columbia jazz Legacy Epic music. 1977

Reach for it george duke

Un des albums les plus connus de George Duke. Sans doute celui qui marquera le tournant de sa carrière passant de requin de studio et de concert à compositeur reconnu.

Des morceaux qui fusent avec une fusion plutôt énervée et des Lead à profusion démontrant le talent du pianiste. Plus rock que les autres albums.

Le titre éponyme « reach for it » dessine déjà la funk groove acidulée que produira George Duke dans les années 90 et 2000.

« Watch out baby » est un vrai régal de sensualité pour les oreilles.

http://www.qobuz.com/album/reach-for-it-george-duke/0074644704228

Duke, label Dome Music 2005

Duke georges duke

Un album récent et plus facile de jazz mais néanmoins doté de quelques perles comme Trust ou Superwoman avec un George Duke au piano démontrant un talent hors norme.

On peut citer aussi Tjam plus blues que ne renierait pas dans son approche, Dave Grusin grand pianiste de ragtime ( la BO du film La Firme de 1993 ).

Au final un album bien produit avec des morceaux de qualité sans être le meilleur du maître.

http://www.qobuz.com/album/duke-george-duke/5034093411721

Face the music BMP record 2002

George Duke face the music

Le voilà le bijou ! Un des meilleurs albums. Un monstre de finesse et d’écriture musicale.

Un raffinement poussé jusqu’au boutisme pour un album se dégustant de part en part du premier jusqu’au dernier morceau.

Le morceau Chillin vaut à lui tout seul le détour, venant chasser sur les terres du groupe Fourplay. Un modèle du genre.

Quand au titre « Black Messiah » titre en concert, il annonce la couleur poussé par des cuivres impeccables et un rythme millimétrique suivi d’un George Duke maîtrisant son art au sommet.

« Guess you’re not the one » est un pur bonheur de délicatesse, George Duke exprimant son jeu extraterrestre à la perfection.

Quand à « Creepin » je vous laisse l’écouter…

Un must du smooth jazz fusion avec une qualité d’enregistrement au-dessus de la moyenne. Malheureusement il est de plus en plus difficile de le trouver à un prix acceptable sur la toile.

After Hours Warner bros music 1998

after hour

Étrangement l’un des albums les plus connus est l’un des plus inégaux. Pourtant cet album datant de 1998 renferme une perle qui sera le morceau le plus connu de G. Duke.

Le titre « It’s on », est le morceau synonyme le plus représentatif de George Duke dernière période. Jouer au Piano Rhodes il est l’ambassadeur du jeu groovy du pianiste. Une merveille à lui tout seul méritant l’achat de cet album.

Mais il faut l’avouer, pas mal de morceaux sans être catastrophiques sont plus communs. Reste « Together as one » excellent smooth jazz.

From Dusk to dawn est aussi de très bonne facture sur des orientations façon Marcus Miller.

http://www.qobuz.com/album/after-hours-george-duke/0093624707363

Muir wood suite 1995

Muir Woods suite

George Duke démontre qu’il est capable de faire autre chose que de la funk et du latin jazz. Une composition magnifique de musique contemporaine appuyée d’un orchestre à cordes aux diverses influences comme Bernard Hermann par exemple.

Phase 1 et 3 sont de superbes morceaux appuyés par un orchestre frôlant la perfection. Le reste de l’album est dans des horizons connus mais d’une grande maîtrise.

Phase 4 impressionne, inspiré des grands du romantisme du 17e siècle. Le morceau un peu court « Bass solo » vaut à lui seul le détour avec un côté Jaco Pastorius évident.

Phase 6 n’est pas mal non plus avec une mélancolie qui a souvent servi d’expression au pianiste.

Phase 7 démontre le talent d’écriture hors norme du musicien. Superbe.

Quand au titre en live « Montreaux night » dans la plus pure tradition du jazz, je vous laisse juge ! Moi je ne m’en lasserai jamais.

http://www.qobuz.com/album/muir-woods-suite-george-duke/0093624613268

Don't let go, 1979 Sony BMG

don't let go

Don’ let go marque le vrai tournant musical de George Duke en 1979. Moins expérimental, mieux construit, voilà un album qui préfigure le futur George Duke.

De très bons morceaux influencés de nombreux horizons africains, jazz, funk. Un album particulièrement abouti avec des titres de hautes factures.

« The way i fell » est un monument à lui tout seul, avec l’excellente Josie James qui pousse la vocalise dans un rythme brésilien implacable.

Quand à « Don’t let go » il est un des must du compositeur. Indispensable.

http://www.qobuz.com/album/dont-let-go-george-duke/0074643536622

The Aura Will Prevail Sony music 1975

the aura

Attention si vous n’êtes pas un inconditionnel de la funk psychédélique des années 70 saupoudré de Frank Zappa, vous risquez d’en prendre pour votre grade. Mais cet album George Duke première période pur jus a deux morceaux incontournables.

« Foosh » est un pur bijou, une merveille comme seul George Duke en est capable. « Uncle Remus » déchire à tous les niveaux, avec un blues qui vous happe dès les premières notes.

The Phil Collins big band, a night in paris 1998 Atlantic Records

a hot night in paris phil collins

Ah ah ! Vous ne vous y attendiez pas à celui ! Et oui Phil Collins le temps d’un soir à Paris a taquiné de son instrument fétiche, la batterie avec les plus grosses pointures du moment. Partageant le piano avec un autre pianiste Brad Cole, George Duke donne la pleine mesure de son talent dans ce disque à posséder absolument.

Un album reprenant les grands standards du funk jazz et certains titres de Genesis en big-band de compétition. De Quincy Jones à John Clayton le tout en une minie tournée de 9 concerts.

Il en restera cette excellente galette où les cuivres rutilants s’en donnent à cœur joie appuyés par les talentueux musiciens.

George Duke est surtout connu pour ses participations en concert. C’est là où il donne tout, fascine plus d’un apprenti pianiste par son jeu sorti tout droit d’un univers improbable.

Comment ça vous ne l’avez pas ? IMPARDONNABLE !

http://www.qobuz.com/album/a-hot-night-in-paris-phil-collins/0075678319860

Conclusions

Réduire la carrière prolifique à quelques albums d’un des meilleurs musiciens de son temps est toujours un exercice délicat. Il existe bien sur d’autres albums notamment en concert avec d’autres géants de la musique comme Jean Luc Ponty ou Billy Cobham.

Mais l’essentiel est là pour faire connaitre ou redécouvrir un talent pianistique hors du commun qui a influencé par son style trois générations de musiciens. Et ce n’est que le début, George Duke étant une des référence du sample chez les rappeurs et les Daft Punk avec le titre Digital Love.

All that jazz !

 

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6 Responses to George Duke the piano giant

  1. Jean-Louis Lortie says:

    J’ai découvert cet artiste très récemment (je ne connais rien ou presque du jazz; chic ! tout est à découvrir ;) sur youtube ; concert avec la merveilleuse (à mon avis) Rachelle Ferrel – Live in Montreux 1997. On y voit et entend leur dextérité assez incroyable à l’un comme à l’autre, sa complicité avec Rachelle et ce qu’il me semble avoir vu dans son regard pétillant, sa grande gentillesse
    Merci pour cet article !

    Bien cordialement.

  2. Richard says:

    C’est toujours un plaisir de faire découvrir de nouvelles frontières musicales.

    Si vous aimez Rachelle Ferrell je vous conseille l’album « somethin, else » en import japan avec une version de Automn leaves exceptionnelle.
    Si vous trouvez le présage japonais avec une pochette blanche foncez !

    Attention il existe aussi en europe sous le titre « first instrument » mais de bien moindre qualité.

  3. Brecheisen Mathieu says:

    Allez donc faire un tour sur Youtube tapez « George Duke -Marcus Miller-David Sanborn » puis ouvrez « Run for cover »
    C’est un pur moment de bonheur ,j’éspère qu’un jour on pourra retrouver ce concert sur un support digne de ce nom…
    A consommer sans modération!

    • Richard says:

      Sanborn, Marcus Miller, que des pointures ! Oui ce serait fabuleux d’avoir ces perles en haute définition.

  4. Michel says:

    Pour une raison qui m’échappe, « Face the Music » m’avait totalement échappé lors de sa sortie…
    J’allais l’acheter d’occasion, pour un prix assez élevé, lorsque je me suis rendu compte que ce cd est disponible, neuf, sur le site même de George Duke.
    Le prix d’envoi reste assez cher mais le cd est neuf, d’origine, sous cellophane, avec livret…et il est effectivement assez fabuleux.

    • Richard says:

      Merci beaucoup de faire partager votre expérience, c’est toujours un plaisir de partager la musique au même titre qu’un bon livre. La hi-Fi doit servir avant tout à ca !

Les commentaires sont fermés

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