StreamMagic 6 v2 cambridge

Publié le 1 juin 2015 à 9 h 32 min | par Richard

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Serons-nous victimes du Streaming Audio ?

Du point de vue aussi bien technique que tactique comme dirait un célèbre entraîneur de l’équipe de France, le Streaming audio avait tout pour plaire. Véritable guerre commerciale déclarée entre Spotify, Deezer, Tidal le trouble fête, le français Qobuz et l’historique Apple, l’amateur de musique et passionné de Hifi ne sait plus ou donner de la tête.

Moins contraignante que la numérisation de sa médiathèque, cette technologie se devait de tout raser sur son passage et envoyer au pilori les autres supports existants au profit de la musique en ligne dématérialisée. Seulement d’après les derniers chiffres et l’augmentation vertigineuse du Streaming audio, le CD représenterait presque encore la moitié des ventes.

Sur le papier cette technologie pourtant si prometteuse est passée pour l’instant à côté d’une véritable révolution industrielle économiquement pérenne loin des chiffres phénoménaux de son ancêtre le CD pendant les années 90.

Bluesound Vault, une des rares applications capables de « streamer » votre médiathèque et de ripper des CD intelligemment.

bluesound vault

 

Streaming on the Throne.

Auralic Lightning, une interface Streamer compatible avec la majorité des services de musique en ligne d’aujourd’hui.

lightning_ios_Auralic

Soyons réalistes. L’énorme gâteau de milliards d’utilisateurs de Facebook (3 Milliards de Dollars) et du moteur de recherche Google et les chiffres d’affaires colossaux dégagés (67 Milliards de Dollars) laissent rêveurs les majors de distribution comme Sony et Universal après l’effondrement du CD qui a perdu 55 % de ses ventes en 2015.

N’hésitant pas à investir à perte, les grands du Streaming parient sur le long terme avec le renouvellement générationnel des Geeks. Spotify, le numéro 1 mondial de la musique en ligne excepté Apple pour le téléchargement, revendique aujourd’hui 66 Millions d’utilisateurs pour 15 Millions d’abonnés.

Vous voyez le chemin qu’il reste à parcourir et l’Eldorado éventuel quand on sait que Facebook dispose de plus d’un milliard 450 millions d’utilisateurs postant des photos de petits chats.

Les moines copistes

disques

L’hégémonie de l’Itune Store a dû en agacer quelques uns en 2004/2007 et la redistribution des cartes pourrait bien changer la donne. Seulement voilà, l’historique Apple n’a pas dit son dernier mot avec le futur service Apple Music.

Les majors feront tout pour préserver leur modèle économique de distributeurs de catalogue musical. On peut les comprendre, c’est encore eux qui assurent la promo et la diffusion des artistes que ces derniers sont souvent incapables de faire eux mêmes. Chacun son métier.

Dans un autre temps, les moines copistes vendaient à une élite lettrée leurs ouvrages reproduit à la main alors que l’imprimerie allait diffuser le savoir à travers le monde… Je vous laisse conclure cette parabole par vous-même. Les moines en Abbaye font aujourd’hui d’excellentes bières, des fromages de qualité mais rares sont ceux qui pratiquent encore l’art du manuscrit et du codex.

Qui se rappelle encore que Virgin était un concurrent de la Fnac ?

Apple Music :

Après le rachat de Beats Audio avec sa plate-forme de Streaming, Apple a clairement fait comprendre qu’il fallait compter avec elle. Le futur Apple Music prépare la riposte dans un paysage encombré. Mais la pomme de métal argenté a des avantages sur ces concurrents.

Elle possède un univers hardware conséquent (Ipod, Ipad, Iphone) d’utilisateurs capables du jour au lendemain de basculer de l’Itunes Store au service de Streaming Apple Music. Sans compter les accords historiques avec les majors des ayants droits, il va sans dire que la firme de Cupertino a un avantage indéniable.

Il est fort à parier qu’à partir du 8 juin, la concurrence va surveiller fortement l’introduction massive d’Apple sur ce terrain. Au passage, les services comme Qobuz ou encore Celfish pourraient bien y laisser des plumes. La force de frappe économique du géant de l’informatique étant évidemment sans comparaison possible.

Une injustice se profile peut-être…

le site de streaming musical et de téléchargement de haute qualité

Qobuz, une des rares offres explicite quant à la qualité de son Streaming en 16 bits 44.1khz, un exemple à suivre.

Le CD avait l’avantage d’être un format de qualité et pratique partagé dans le monde entier ou presque et achetable dans d’innombrables endroits. Internet a démontré que bien souvent, une seule marque ou entreprise truste la première place quasiment en situation de monopole.

Facebook pour les réseaux sociaux, Google pour la recherche, Amazon pour le commerce. Si Apple ou un autre concurrent décroche la palme, il est fort à parier que la musique en haute définition ou même en définition CD normale 16 Bits 1411KBPS en prenne un sacré coup derrière les oreilles disparaissant peut-être comme standard reconnu et diffusé au profit du 320Kbps (MP3, Vorbis etc, etc) voire du 160 Kbps en offre gratuite.

Ce constat est fortement inquiétant et seul aujourd’hui Qobuz est l’exemple d’une offre limpide à ce sujet proposant du 16 Bits 44.1 khz de qualité, en Streaming et de la haute définition en téléchargement. Hormis cet exemple et le service Tidal Music, l’avenir qui se dessine est plutôt inquiétant pour l’amateur de beau et bon son.

Et ça n’est pas l’engouement pour le 33 tours vinyle qui indique un changement majeur. L’offre HD 24 Bits master studio sera considéré comme une cible premium haut de gamme avec des prix plus chers qu’une offre de base à 320 KBPS. Techniquement cela est proche de la débilité profonde.

A moyen terme, l’amateur se détournera peut être des chaînes haute fidélité ne trouvant plus musique techniquement acceptable à l’écoute. Le MP3 a déjà fait des ravages en ce sens au début des années 2000.

YouTube c’est de la HD… Gratuite !

Prenons l’exemple de YouTube proposant des vidéos souvent gratuites en quatre qualités de flux différents. Pourtant sur les disques durs de YouTube, le fichier original est bien souvent en 1080/720 lignes puis descendu par algorithmes H264/265 en 480/320 lignes s’adaptant au débit ou au choix de l’utilisateur final.

Vous imaginez écouter et payer du Streaming audio pour du 320 kbps alors que le fichier original est peut être stocké en 24 Bits 192 khz chez le fournisseur ? Un beau scandale en perspective…

Des revenus qui s’effondrent pour les artistes ?

du pognon mon fils du pognon

Tidal Music et son actionnariat rempli d’artistes célèbres rappelle presque le temps des coopératives vigneronnes des villages passés contre les grands groupes industriels. Quand on voit sur internet un artiste se plaindre de faire 68 000 titres écoutés sur les plateformes qui se retrouve avec 148 Euros de revenus, cela laisse penseur.

Il vaut presque mieux faire la manche avec sa guitare dans le métro si on a du talent. Le groupe Portishead a d’ailleurs poussé un coup de gueule sur Twitter dans ce sens avec des millions de titres écoutés pour un revenu proche de deux fois et demi le SMIC français… C’est loin de financer une tournée mondiale vous en conviendrez…

Certains groupes et artistes comme Metalica ou encore Taylor Swift ont fortement rechigné à être disponibles sur les réseaux internet. Francis Cabrel n’a pour l’instant pas diffusé son dernier album sur les plateformes de Streaming mais uniquement en format CD.

Rêvons un peu…

Google a une puissance énorme et la plus grande expérience concernant les flux haute définition à travers son portail YouTube. Je l’ai déjà écrit dans un autre article, il est un véritable concurrent valable avec Netflix notamment pour imposer de la haute définition en audio comme il l’a fait pour la vidéo. Certains artistes comme Alain Chamfort, Prince, Michel Jonasz ou Toto s’étant fait remercier par leurs majors respectifs pourraient par exemple ouvrir une sorte de Tidal Music mixé avec un Facebook. Chaque artiste aurait son portail de Streaming à travers une structure fiable pour communiquer avec ses fans et maîtriserait son contenu; ce serait quasiment un rêve éveillé. Rêvons un peu, beaucoup….

Conclusions

Le Streaming Audio est pour l’instant immature en terme d’offre haute définition et instable en tant que modèle économique viable, aucun acteur du marché n’étant rentable.

Seul le français Qobuz semble jouer le jeu réel de la qualité. Au final, on se retrouve avec des artistes internationaux qui remettent en cause le modèle de rétribution, des offres bien souvent obscures sur la qualité de débit annoncé. Le Streaming audio techniquement et en souplesse de fonctionnement est séduisant mais peu enclin à satisfaire pour l’instant les mélomanes avertis que nous sommes.

Il faudra du temps mais d’ici là il se pourrait bien que la Hi-Fi soit une fois de plus la grande oubliée de cette guerre médiatique qui a déjà essuyé le raz de marée du MP3 et l’engouement pour le home cinéma. Espérons que cette énième révolution technologique ne lui soit pas fatale.

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2 Responses to Serons-nous victimes du Streaming Audio ?

  1. Erwan says:

    Les artistes ne trouvent pas leur compte sur les plateformes de streaming, les revenus dégagés étant faméliques. Mais le métier d’un artiste n’est il pas de faire des concerts ? Le streaming devenant ainsi leur meilleure publicité.

  2. Frozzimad says:

    Article très intéressant.
    Plutôt d’accord avec le commentaires précédent, mais faut quand même avouer qu’on ne peut pas faire tous les concerts de tous les artistes qu’on souhaite découvrir ;)

    L’offre de Qobuz est intéressante et se démarque effectivement du reste des propositions en dématérialisé.
    Mais récemment l’offre « Sublime » pousse un peu plus les tarifs vers l’élitisme.
    Un temps il était possible en téléchargement de bénéficier de pré-commandes en « Studio Masters » (nouvellement rebaptisées « Hi-Res) au tarif attractif (dans les 9,99 €).
    Aujourd’hui de tels tarifs sont réservés aux abonnés « Sublime » (quid de ceux qui ne sont pas intéressés par le streaming ?) et les Hi Res sont souvent sans promo, seuls les enregistrements qualité cd en bénéficient.
    Bref, tout ça ne va pas arranger ceux qui désirent non pas seulement écouter des fichiers « audiophiles » mais aussi en télécharger.

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