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Publié le 24 juin 2015 à 11 h 37 min | par Richard

Proac Tablette Anniversary, le test.

Proac Tablette, un terme souvent évoqué dans les discussions Hifi de comptoir, citée comme standard des enceintes « bookshelf » quand on parle des reines mères Rogers LS3/5A par exemple. Les enceintes bibliothèques représentent une grosse part de marché pour les constructeurs. Véritable vitrine de démonstration, ces derniers rivalisent d’ingéniosité pour nous séduire, nous les passionnés de musique.

Proac est sans doute une des marques les plus emblématiques de ces enceintes petits formats aux prix néanmoins conséquents. Comptez au minimum 1800 Euros selon les finitions pour ces mini-enceintes de compétition. Et encore à ce tarif, sachez qu’il faudra acquérir les pieds qui seront déterminants dans le résultat sonore.  Une bonne paire d’Atacama HS1.1 est souvent d’ailleurs citée en exemple.

proac-tablette-détails

La cible visée est évidente, c’est l’amateur épris de musique cherchant dans un format minimum le maximum de musique. Proac excelle dans le domaine et propose une relecture totale d’un grand classique. Nouveau boomer, nouveau tweeter, nouveau filtrage, seuls les légendaires borniers si efficaces ont été sauvés. Ouf !

Plus sérieusement, on reste souvent dubitatif devant le prix de ce type de « biblio ». En 2015, quasiment cinq ans après sa sortie, les Tablette Anniversary sont elles encore dans la course ?

So british :

Les Proac Tablette Anniversary ne dérogent pas à la règle des anciennes générations. Les coffrets sont de 27 cm * 15 cm et d’une profondeur de 23.5 cm avec la grille de protection. La finition est au cordeau, d’un classicisme « so-british » et le placage bois est la signature visuelle typique de la marque d’enceintes de studio.

C’est du beau travail, d’une rigueur mathématique en terme d’assemblages même si on aimerait un peu plus d’audace et de lignes contemporaines. Mais les Proac ne sont pas là pour vous séduire visuellement mais musicalement et c’est là que la marque a bâti sa réputation. Autant le dire tout de suite, les Proac Tablette sont des capricieuses et il faudra porter toutes les attentions du monde pour en tirer la quintessence.

proac-tablette-anniversaire

Ne pas hésiter à investir dans des pieds reconnus, le câblage est aussi très déterminant dans le résultat. La partie Bass Reflex avec un accord plutôt bas nécessitera de jouer avec le mur arrière pour obtenir un équilibre satisfaisant. Prévoyez donc une marge d’erreur selon les de cas figures. Le mètre ruban est de rigueur et il ne faudra pas hésiter à adapter les mêmes emplacements par rapport aux murs arrières et latéraux au centimètre près pour chaque enceinte, si cela est possible.

Ça vous semble exagéré comme méthode ? Faites-le si vous possédez une paire de « biblio » et vous entendrez fortement la différence !

Inside Proac Tablette

La relecture est totale. Proac est repartie de zéro sur une planche à dessin vierge tout en gardant l’esprit « Tablette » comme ligne conductrice. Le nouveau haut parleur de 15 cm est un polymère en sandwich avec une feuille Kevlar tressé permettant une forte rigidité de l’ensemble, facteur nécessaire pour un haut parleur de forte élongation et donc d’un Xmax (débattement) conséquent.

Les caractéristiques techniques parlent de 36Hz. Cela me paraît bien optimiste d’autant que l’on ne connaît pas l’affaiblissement en décibels en fin de courbe, non communiqué par le constructeur. A vue de nez dans notre pièce, tablez plutôt sur un bon 45-50 Hz écouté au générateur basse fréquence… Bien sûr ces résultats seront assez variables selon votre emplacement d’écoute au final.

Difficile de connaître l’origine de ce nouveau midwoofer de 5 pouces. Je pencherais bien pour le danois Peerless racheté en 2005 par le géant Klipsch. Le tweeter d’un diamètre de 20 mm est lui plus connu mais difficile de savoir sa véritable origine. Tout indique qu’il s’agit d’une série sur mesure du prestigieux constructeur Scanspeak, la pièce d’amorce de pavillon autour du tweeter est différente du modèle standard série « Classic ». Attention donc aux conclusions hâtives…

Conditions d'écoutes.

Matériels utilisés :

Kora-Explorer-90SeII

Nous avons pu procéder à trois types d’écoutes différentes dans trois pièces différentes.

Système 1, auditorium audiophile.

Amplification :

YBA A100 Heritage, Sugden A21Se, Devialet D200 et D120, Van meedevort CT260.

Sources dématérialisées:

QAT RS3, Cambridge CXN.

DAC :

Audiomat Maestro 1. CECDA3N.

Enceintes :

Apertura Armonia, Atohm GT1.

Système 2 : auditorium CultureHD traité.

Amplification :

Cambridge CX80, 540A Azur, Atoll In 100Se.

Sources dématérialisées :

Daphile sur PC portable batterie, Interface USB DXD 384 TCXO.

DAC :

SMSL M8+P1. correction numérique Mini DSP DIGI8K.

Enceintes :

Dynaudio Craft.

Système 3 :

Amplification Kora Explorer 90SE 2, lecteur CD Eera DL1.

Mise en condition des Tablettes Proac :

Ces enceintes devront impérativement être sur un pied lourd, parfaitement stables et très légèrement pincées vers la zone d’écoute. Nos pieds Norstone Stylum se sont révélés un peu légers pour ce type d’enceintes au coffret rigide. Attention de ne pas trop croiser vers l’auditeur au risque de dénaturer la fusion entre les hauts parleurs et d’avoir un timbre montant.

Prévoir des câbles hauts parleurs de section 2.5 mm² et enlever les straps d’origine du bornier par du câble permet une meilleure aération de l’aigu.

Tests et essais des Proac Tablette Anniversaire.

Sting album BO Lethal weapon 3 16bits 44.1Khz

Album sting lethal weapon 3

On ouvre les hostilités sur cet enregistrement formaté pour le cinéma possédant néanmoins certaines subtilités en fond sonore démontrant la capacité d’analyse d’un système Hifi.

Le moins que l’on puisse dire c’est que les Proac sont des charmeuses dans le bon sens du terme. L’image sonore entre les enceintes se déploie avec facilité et c’est ce qui interpelle de prime abord.

Malgré le petit gabarit, le sentiment d’aisance est palpable loin d’une écoute étriquée sur un haut parleur de 15 cm. Seules les Harbeth P3SR et B&W Pm1 semble des concurrentes réelles sur ce point.

La bande passante ne paraît pas trop torturée, sans trop de bas médium en avant comme c’est parfois le cas sur les enceintes de petits gabarits. Les Proac modulent et chantent à souhait pour peu qu’on leur donne un ampli dans le même sens.

Notre YBA A100 fait un mariage correct avec une certaine rigueur mais le Sugden A21se semble un amant plus apte à chercher la musique malgré les 85 Db de rendement et les 25 watts en classe A de l’ampli anglais.

Dans ce cas de figure, l’image sonore atteint des sommets sur ces petites bibliothèques et on prend plaisir dans ce système mini format à découvrir une multitude de détails servant la musique.

Le tweeter de 20mm de diamètre donne une sensation très agréable sur les harmoniques étant peu directif et bénéficiant à cette plénitude sonore.

Bonne fusion entre le 15 cm et le tweeter permettant une écoute sans effort, bien sûr les dernières octaves sont quelque peu absentes mais l’équilibre de l’enceinte permet une écoute de qualité.

Rachel Podger double et triple concerto JS Bach. 24 Bits 192khz.

bach 24bits 192khz

Comme on pouvait s’y attendre, les Proac excellent sur ce registre rendant grâce à la musique de Bach. Les violons à défaut d’être dans l’exactitude absolue sont enjoués et le suivi mélodique est particulièrement réussi.

C’est presque un sans faute et seules quelques notes basses de violoncelles font exception sur cette facilité rythmique déconcertante. La signature sonore de l’ensemble est très bien réalisée, les Proac étant juste charmeuses sans tomber dans la vulgarité.

Chaque enlevée orchestrale est un vrai bonheur particulièrement sur le Sugden A21Se et étonnamment le Cambridge CXA 80 est loin d’être ridicule même si les fins de notes sont simplifiées par rapport au Sugden en classe A.

L’image sonore offre sur les violons une belle précision digne d’un casque, l’aération en plus. Belle démonstration des Tablette particulièrement à l’aise sur les quatuors et petites formations.

Il en va de même sur les ensembles à voix liturgiques offrant un bel équilibre entre détail et sens mélodique.

Hans Zimmer Pirates des Caraïbes (Mermaids) 16 Bits 44.1Khz.

mermaids Hanz Zimmer

Oui je l’avoue, je suis un peu sadique. Le fabuleux Mermaids du maintenant regretté Hans Zimmer nous a permis de pousser les Proac Tablette dans ses derniers retranchements.

Sur l’YBA et ses 100 Watts, les déferlantes de grave quelque peu gonflé par un mixage cinéma démonstratif sont passées avec quelques débattements intenses sur nos Proac.

Même si les petites biblio y mettent tout leur cœur, il faut avouer qu’elles atteignent là une certaine limite si l’on pousse quelque peu le volume.

Pourtant le message reste relativement clair sans rentrer dans un stress nuisible au suivi musical.

Soyons honnêtes, on est loin de la promptitude dynamique d’une JBL ou d’une Klipsch qui excellent sur les bandes son cinéma.

Néanmoins, le chœur des sirènes en fond est particulièrement bien reproduit et les détails des divers instruments, de la harpe aux petites percussions installent cette ambiance si particulière à ce morceau remplis de mystère.

Si les Proac ne sont pas des monstres de tenue en puissance, elles se rattrapent par une capacité innée à décrire et chercher les micro-informations qui donnent sens à la musique.

Seuls Dynaudio réputés pour faire des bibliothèques (Focus 160) qui tiennent le choc seront peut-être en contre-partie moins aptes à retranscrire les moindres inflexions dont sont capables les Proac Tablette.

La comparaison entre ces deux références serait sans doute instructive.

 

Randy Halberstad album Parallel Tracks 16 bits 44.1khz.

Randy Halberstadt album de jazz

L’image sonore dépasse largement le cadre des enceintes avec une légère projection en avant.

Une multitude de détails, de cordes pincées, frappées, d’accords plaqués participe à un résultat entraînant et particulièrement jouissif. Des enceintes pour mélomane désirant par-dessus tout le suivi musical au détriment d’une bande passante plus étendue.

Proac connaît bien son sujet et effectivement on comprend le succès de la marque concernant les Tablette. Des enceintes aptes à faire de la musique et particulièrement sur du jazz et du classique avec une classe innée.

Randy Halberstad est particulièrement facile à suivre et on évite l’écueil d’une mélodie brouillon auquel il manquerait quelques notes au passage.

Le piano est assez réaliste, le bois et les cordes sont présents même si on a plus la sensation d’un piano demi queue Yamaha qu’un grand concert Fazioli.

Au final, les Proac se jouent de leurs petits gabarits et se penchent sur ce qu’elles savent faire avec prouesse :

Suivi mélodique de très haut niveau et construction de la scène sonore bluffante en regard de la taille des enceintes.

Personnellement, j’ai sorti le japonais 12 ans d’age sans glaçon et croisé les jambes sur le fauteuil…

Bruckner : Symphonies n° 6 et 7 par le RCO

bruckner 6 et 7e symphonie

Sur ce morceau de bravoure frisant la perfection, les Proac ne se démontent pas pour autant. L’orchestre à défaut d’être totalement présent dans sa masse, respire et offre une dimension acceptable.

Le charme opère et se prend au jeu du suivi mélodique dont sont capables les Tablette. Chaque inflexion, chaque détail paraît sous un nouveau jour comme si nombres d’enceintes étaient passés à côté de quelque chose que les Proac auraient assimilé.

La marque anglaise est connue pour être respectueuse de la musique classique et c’est particulièrement vrai sur ces bibliothèques.

Le résultat est particulièrement probant sur le suivi des violons, de la profondeur de la scène sonore étonnante pour des hauts parleurs de 15 cm.

Une myriade de détails se font entendre dans le haut médium aigu décryptant l’atmosphère du lieu d’enregistrement.

Des enceintes qui non seulement sont surdouées en termes de suivi mélodique mais décrivant aussi les relations entre les instruments dans ces formes concertantes.

Conclusions

Plus de 34 ans de Proac Tablette ont défilé chez les mélomanes et audiophiles. Ces bibliothèques ont incontestablement un charme à part, issues d’une longue lignée. Proac propose une enceinte qui ne dérive pas d’un iota de sa propre culture contrairement à bien des constructeurs écoutant trop les sirènes du marketing. Un suivi mélodique hors pair identifiable entre tous, un charme fou à l’écoute qui déroge des productions plus froides et techniques.

Nombres d’enceintes prétendent défendre les mêmes attributs mais peu ont réussi sans rentrer dans la caricature. Seules les Harbeth P3Sr peuvent prétendre au titre abordant le même sens musical mais sous des aspects sonores plus studio monitor.

Dans les choix possibles, il existe aujourd’hui quelques possibilités notamment les PMC 21 injustement ignorées par les audiophiles.

Les anglais, incontestablement sont les maîtres à bord de l’enceinte mini débordant de qualités musicales évidentes. 2000 Euros la paire peut être, mais je connais d’innombrables grosses « mémères » incapables d’un tel feeling musical.

Si la place vous est comptée, les Proac Tablette sont les enceintes de bureau parfaites pour satisfaire l’amateur de musique exigeant cherchant l’aspect mélodique et les sensations directes avant tout. Si vous êtes adeptes des routes de campagne anglaise sinueuses au volant d’une Catheram Seven, les Proac risquent de fortement vous séduire….

Proac Tablette Anniversary, le test. Richard

Proac Tablette Anniversary 2150 Euros en moyenne

Qualité de fabrication perçue
Définition
Dynamique
Cohérence/ beauté des timbres
Précision
Facilité d'utilisation

Conclusion: Des petites enceintes haut de gamme avec un haut pouvoir de séduction sonore qui cultivent leur différence avec panache.

3.9


Pour :

  • Le son mélodique Proac !
  • La finition si classique et de bon gout.
  • Les nouveaux 15 cm en kevlar.
  • Surdouées pour le classique et le jazz.
  • Le bornier de bonne facture.
  • Le soin d’assemblage général.

Contre :

  • Une tenue en puissance supérieure sur de la musique moderne serait un plus.
  • Demande des pieds de haute qualité pour s’exprimer totalement.


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2 Responses to Proac Tablette Anniversary, le test.

  1. Bouba says:

    Superbe test, mais très honnêtement je lui préfère la PM1 de B&W, là on est dans une tout autre cour. Et puis très franchement, PROAC exagère à vendre à ce prix une enceinte qui malgré tout reste limité dans le grave simplement en ayant comme argument d’avoir greffé un HP Scanspeak et un tweeter Scanspeak (HP dont il n’est pas le fabriquant donc) et présenté l’emploi de Kevlar comme une innovation majeure quand beaucoup de constructeur emploie ce matériau depuis 2 décennies déjà pour certaines.
    Pour les avoir écoutées, je trouve que ces tablettes sont bonnes, mais très franchement à ce prix, je suis convaincu qu’on peut trouver plus polyvalent et moins exigeant, et pas uniquement chez B&W. C’est histoire de gout c’est vrai, mais elles sont très chères pour ce qu’elles offrent.
    Perso, je me sens comblés avec mes PM1 affichées à 2500 Euros (bon Ok 3000 euros avec les pieds) et qui offre un grave hallucinant pour leur taille.
    Et enfin, les KEF LS50 dont vous avez fait les tests et que j’ai la chance de posséder également sont moins chères et offrent bien bien plus à mon sens, et sont autrement plus innovante, le fabriquant ayant au moins le courage de tenter une nouvelle approche et fabriquant lui même ses HP.

    • Richard says:

      Merci de faire partager votre expérience sur le sujet. Je ne suis pas sur que les KEF LS50 soient plus transparentes que les Proac Tablette. Il faudrait vraiment comparer in-situ. Rien ne vaut la confrontation directe. Les hauts parleurs de grave sur les Proac ne sont à priori pas d’origine ScanSpeak mais Peerless.

      Les B&W Pm1 en effet sont des enceintes superbement construites par un grand de l’acoustique. Je regrette amèrement d’ailleurs qu’il n’y ai pas eu de modèles au dessus. Je comprends l’argument de fabriquer ses propres hauts parleurs mais d’un autre coté, ScanSpeak fabriquant les meilleurs tweeters à dôme tissu au monde, c’est plutôt aussi un gage de très haute qualité.

      Merci pour avoir donner votre avis constructif.

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