blu ray supertramp pure audio

Publié le 29 décembre 2015 à 20 h 39 min | par Richard

La musique HD existe-t-elle ?

La musique HD peine à percer dans un univers où la technique et le marketing s’entremêlent pour un résultat pas toujours à la hauteur des espérances. Voici une réflexion d’ensemble sur ce sujet. L’air de rien, nous fêtons cette année 20 ans de haute définition audio depuis l’arrivée du premier DVD 24/96Khz et pourtant nous sommes loin du compte.

Sara K, un des premiers DVD Audio Haute définition apparu en 1996.

Sara K. - Hobo 24 bits 96khz

On passera sur le fait que le MP3 et la compression audio en studio d’enregistrement ont servi les plus bas desseins marketing des majors. Résultat, nous avons la plus grande génération de sourds technologiques, consommateurs de Mp3 préférant aujourd’hui le gros son caricatural des stations FM des années 80/90 à la beauté réelle d’un quatuor à cordes, enregistré dans les règles de l’art…

Parce-que amis lecteurs, on ne vous a pas tout dit sur la haute définition, il est temps je crois de remédier au problème…

La HD 1080P VS, la HD 24 bits 192kHz, VS MP3.

Voilà un titre évocateur… La haute définition en 1080 lignes aurait dû aller de paire avec la haute définition sonore 24 bits. C’est ce que tout le monde pensait en 1998. La réalité a démontré que la TNT et le Blu Ray ne véhiculaient qu’une partie de la vérité. Par souci d’économie de bande passante des canaux hertziens et sur internet nous nous sommes retrouvés avec les plus belles images sur un écran plat et un son d’une pauvreté sans précédent dans l’histoire de l’audiovisuel.

Voxstok, un streamer Audio, haute définition très prometteur.

Voxtok MultiDevices_contole smatphone tablette

http://culturehd.com/voxtok-a-labordage_10223

You Tube incarne à merveille ce fait sans précédent avec 1 milliard de vidéos par jour en Streaming dont la majorité sont en HD et un son en Mp3 même pas digne d’un IPOD ! Il aura fallu attendre vingt ans pour voir le Blu Ray comme support roi de la vidéo mais aussi de l’audio. Ce fait est d’ailleurs fortement à nuancer car la majeure partie des Blu-Ray sonnent à peine aussi bien qu’un CD audio d’une résolution voisine… Bref, tout ça pour se retrouver avec un format pondu en 1974, le PCM ! Retour à la case départ !

Le MQA de Meridian, un aveu à peine masqué ?

Meridian Audio est une société qui a beaucoup fait pour l’amélioration de la musique haute définition. Les ingénieurs, conscients que tout ne va pas si bien dans le monde de la haute définition audio en Streaming, le MQA confirme un peu le problème évoqué… Mais c’est quoi le MQA de Meridian ?

Meridian est un grand spécialiste des algorithmes de compression non destructifs. Au même titre qu’il existe le Flac par exemple, Meridian fait partie des inventeurs des algorithmes de compression du MLP devenu en partie le Dolby True HD pour le cinéma.

Meridian DSP 8000, des enceintes actives aussi belles que musicales.

Meridian DSP 8000SE

Il était donc logique pour Meridian de proposer un format logique de compression sain et non destructif dédié au Streaming pour la haute définition en PCM. Ainsi est née l’idée de faire profiter du 24 bits et tous formats lossless similaires dans un débit en kilobits qui monopolise aussi peu de place qu’un Mp3 ou un CD. Adieu les problèmes de bande passante et de flux sur internet envahissant les réseaux mondiaux avec une pauvre qualité sonore.

Nous voici donc en présence d’une très belle idée venant pallier aux soucis précités. De plus, les filtres de réjection de quantification (sur échantillonnage) seraient différents sur le système MQA et supérieur au meilleur filtre Apodisyng de nos convertisseurs audio et offrant une meilleure stabilité temporelle. De beaux arguments marketing mais on attend la suite des événements.

On le sait, nombres de nouveaux formats sont tombés dans les oubliettes depuis… le MQA si prometteur n’est qu’une partie de la solution. Avant d’être marketing, le souci est avant tout technique ! Lisez bien ce qui va suivre…

Au début étaient la transitoire et le faible signal.

Aujourd’hui, le 24 bits PCM est certainement l’un des formats Audio HD les plus répandus. Derrière ces chiffres évocateurs se cache une vérité quelque peu dissimulée par un grand nombre. Peu ou pas de matériels ont les caractéristiques parfaites pour capter et lire un tel format dans son intégralité… Oui vous avez bien lu… Je ne vous parle même pas du 32 Bits 384 Khz qui est de l’ordre du fantasme…

La musique n’est pas faite de bits ou de bande passante abyssale. Elle est faite de rapport dynamique entre un bruit faible et fort et sur des longueurs rythmiques données commençant par des fondamentales, des transitoires, des harmoniques. Le premier argument énoncé en faveur de la haute définition à partir de 24 bits serait une meilleure dynamique que le CD PCM 16 Bits. Si en théorie le but est louable, la vérité est toute autre.

Le micro de studio, maillon invisible de la Hifi.

Audeze, un des meilleurs fabricants de casques au monde, aussi concepteurs de microphones de studio.

schema audeze

https://www.audeze.com/products/microphones/planar-magnetic-microphones

Le 24 bits PCM c’est en théorie 144Db de résolution potentielle. Du coup, le marché de l’enregistrement a vu débarquer des microphones à larges membranes théoriquement capables d’encaisser des pressions sonores de ce niveau avec une bande passante pour les chauves souris.

La réalité est toute autre. Plus le son est capté à fort niveau et plus ces chiffres idéaux s’écroulent littéralement. Au même titre pour un haut parleur de grave à haut volume sonore, un microphone perd de sa bande passante et de sa capacité dynamique en rapport de sa surface et du niveau de captation. Les constructeurs ne vous indiquent jamais à quel niveau en décibel un haut parleur de 16 cm est capable de faire soi-disant un grave propre avec peu de distorsion à 37 Hz… La réalité est plus proche de 60Hz dans bien des cas à un niveau de 88 Db dans un salon.

Il en va de même pour les microphones. La physique reste impénétrable sauf pour les chauves souris audiophiles…

Les convertis ne lisent jamais le livre en entier.

Admettons maintenant que la chauve souris audiophile a sonné à la porte d’entrée et a bel et bien franchi trois étages jusqu’à votre palier. Il reste une étape inaltérable, la conversion numérique analogique. Sachez qu’au-delà de 21 bits, les limites physiques des composants en sortie des puces de conversions ne passent pas les micro informations servant justement aux transitoires, aux harmoniques.

CH Precision C1. Mon convertisseur audio préféré de l’année 2015/2016.

CH precision C1 DAC

C’était le cas en 2007 et c’est toujours le cas à priori en 2015/2016. Quelques marques de prestige sont capables de dépasser les 21 Bits s’écartant des schémas connus et sur des technologies de pointe. On citera DCS, Meitner/Emm Labs, MSB, Weiss, CH Precision, Lavry qui sont de rares exemples et plus proches des machines d’expérimentation de précision du CNRS… Bon ok, quand on écoute ce genre de machines exceptionnelles on prend de véritables claques auditives quand même…

Au-delà de 21 bits, les informations numériques converties en signal électrique sont avec une tension et un courant si faibles qu’ils sont perdus dans le bruit de fond soit perdus par résistance linéique sur le circuit imprimé… Je ne parle même pas de la résistance interne de certains transistors…

Je ne m’avancerai pas sur le débat du bruit de fond des amplificateurs qui tournent en moyenne à -96Db et du reste de la chaîne Hifi. Quant aux enceintes on connaît leur limitation bien plus grande que le reste de la chaîne et leur interaction dans un lieu d’écoute avec un niveau de bruit moyen de l’ordre de 60Db. Adieu les 110 ou 144 Db proclamés par le marketing…

Voici quelques liens sur les limites théoriques techniques des hautes résolutions :

Un article par le fameux Eric Juaneda.

http://www.magazine-audio.com/la-musique-hd-pratico-pratique/

Un post très bien documenté par l’excellente communauté HCFR.

http://www.homecinema-fr.com/forum/source-dematerialisee-haute-fidelite-et-dac/vos-dac-ont-ils-bien-16-24-ou-32-bits-358-appareils-testes-t30062356.html

Une superbe (longue) vidéo par JipiHorn mesurant les limitations d’un DAC 32 bits.

https://jipihorn.wordpress.com/2015/01/29/au-dela-de-la-fft-quelques-mesures-avancees-pour-dacs-1/

 

21 Bits et l’au-delà.

Les limites physiques de 21 Bits des convertisseurs audio sont connues. Pour autant je vois déjà certains prôner le DAC NOS TDA1541 comme étant la panacée, voire l’implacable vérité toute nue… Sauf que les 16 bits des DAC NOS sont noyés en permanence dans du bruit de conversion. J’ai fait un article sur le sujet ici : http://culturehd.com/hifi/dac-nos-mythe-ou-legende_10253.

Maintenant, si ça vous amuse d’écouter du 16 bits avec une résolution de 11 ou 14 bits et une dynamique de 65Db avec une fausse chaleur agréable, de la distorsion dans le médium aigu, achetez vous une platine vinyle…

tda1541 inside arcam Delta 70

Autre point non négligeable, la majeure partie des convertisseurs DAC Hifi actuels ont un plancher bruit réel de -110/120 Db. Gare aux mesures faites sur les logiciels PC et sur carte son, démontrant des bruits de fond dignes de 20000 lieues sous les mers. Étonnamment l’échelle de mesure est rarement communiquée…

Un ordinateur du commerce est incapable d’obtenir un bruit de fond réel théorique de 144 Db sur une carte son pro interne… Les mesures sont faites par comparaison de signal inversé d’où l’on déduit une mesure théorique… C’est en partie pour ça que l’on calibre l’appareil. On déduit le bruit de fond de l’appareil de mesure de celle de l’appareil mesuré. Les appareils capables d’une telle précision théorique réelle chiffrent en Euros à 4 ou 5 zéros après la virgule. On nommera notamment les marques de laboratoires Audio Precision, Rhode et Swartz, Miller Audio Research.

Pourquoi a-t-on besoin de haute définition ?

Pour une raison simple. L’évolution de la précision des puces de conversion démontre deux choses. Dans la majorité des cas, les puces 24 bits et surtout 32 bits de dernières générations sont capables de traiter le 16/20 Bits PCM sans problèmes de linéarité de conversion. Ceci est valable depuis que les puces ont dépassé les résolutions théoriques de 20 Bits.

dcs-eletronique

La seconde raison plus contradictoire et plus difficilement objective est la précision de calcul d’un DAC récent. En théorie donc, il est capable de transitoires rapides et donc de respecter un signal 16 à 20 bits dans son intégralité. Donc, sur un fichier en 24 bits natif, vous aurez probablement quand même un peu plus d’informations que son équivalent 16 bits natif.

Chez moi, le 24 bits est meilleur que le 16 Bits !

Pas mal de passionnés de Hifi m’ont souvent fait cette réflexion à juste raison. C’est en partie exact. Si un enregistrement 24 bits sonne souvent mieux qu’un 16 Bits de base, c’est qu’il bénéficie bien souvent des dernières technologies et attentions permettant une meilleure précision mathématique de l’ensemble. Donc même si en sortie de chaîne Hifi on n’atteint pas les 24 bits par limitation technologique analogique, on bénéficie quand même de plusieurs arguments.

Bien souvent, pour justifier la résolution annoncée par un label de studio, la qualité de captation et de mixage sera soignée à contrario de ce que demandent les majors qui font du rendement pour le Streaming en Mp3. On sortira les micros à ruban de qualité. L’ingénieur du son avec une expérience longue comme le bras sera derrière la table SSL/Oxford (le patron du studio). Le tout sera enregistré sur des instruments de renom dans la plus grande cabine du studio à 2300 dollars la journée, avec les grosses Studio Monitor en chauffe depuis deux jours…

Enceintes de studio Focal Trio 6Be.

enceinte de studio Focal trio 6 be

http://culturehd.com/focal-trio-6be-monitor-studio_9589

En fait, c’est un peu comme un label de qualité dans le monde alimentaire. On ne vous garantira pas la provenance noble d’un produit. On vous garantira la méthode de fabrication qualitative par rapport à celle industriel de base.

Je passerai sur la méthode discutable de mixage des bandes analogiques des années 70 et 80 selon le « remaster » sur lequel on tombe. Le fameux « Breakfast in America » de Supertramp sur Pure Blu Ray audio en est un exemple parmi tant d’autres. D’autant plus qu’informations et dynamique accrue montrent aussi un autre problème cumulé. La pièce d’écoute montre ses limites !

Lire nos conclusions sur ce Blu-Ray audio ici :

http://culturehd.com/musique-blueray/supertramp-breakfast-in-america-bluray-pure-audio-2-0

Le HDCD avait-il raison ?

Nos oreilles ont une limite. Elles correspondent à peu prés aux limites théoriques du format HDCD. Et encore, après 50 ans… Ce type de procédé totalement disparu du marché a eu son heure de gloire avec il est vrai un succès d’estime auprès des audiophiles. Pour rappel, le HDCD c’était du 20 Bits sous 88.2Khz avec des filtres moins destructeurs pour l’époque. L’idée était brillante et surtout poussée en avant par Keith O Johnson, patron de Spectral Audio et impliqué dans Pacific Micronics à l’initiative du projet.

Personnellement, je trouve le format bien plus réfléchi à bien des tentatives en DSD 256 et PCM 24 bits 192Khz…

Une norme de reproduction et calibration HD audio

Dans le cinéma qui est une industrie avec ses codes, les choses sont limpides. Nombre de normes EBU par exemple garantissent un cadre délimité pour un résultat réel. Des normes existent aussi dans le monde audio mais moins connu que leur équivalent et plus permissives. La HD audiovisuelle doit correspondre à des normes strictes pour être diffusées sur les chaînes TV et les divers canaux médias comme les salles de cinéma et de home cinéma via le Blu Ray.

La calibration d’un écran plat ou d’un projecteur de haute qualité est aujourd’hui admise par la majorité des cinéphiles par exemple et de mes confrères.

De la température de couleurs aux 256 niveaux de gris, tout est indiqué si j’ose dire noir sur blanc. Inversement, la majeure partie des chaînes Hifi dans un salon est rarement linéaire avec des variations bien au-delà des 6 Db et des capacités dynamiques quelque peu aléatoires sur tout le spectre.

Quand nous achetons un vidéoprojecteur Home-cinéma haut de gamme, la calibration est admise par le plus grand nombre. Pourtant nous continuons à écouter des enceintes à 10000 Euros avec des écarts linéaires de l’ordre de 14 DB en dessous de 500Hz en moyenne dans une pièce d’écoute.

Ce qu’il nous faudrait est l’équivalent d’une norme THX ou EBU dans le monde de la Hifi haute définition garantissant la linéarité d’une paire d’enceintes, sa réelle capacité dans le grave, sa directivité, sa distorsion réelle harmonique en tant que dernier maillon en interaction dans une pièce… Ceci est une idée parmi tant d’autres.

Il n’existe pas aujourd’hui de méthodes simples de calibration ou de cahiers des charges pour définir ce qu’est une chaîne Hifi capable de retranscrire un signal 16 Bits ou 21 bits dans son intégralité ou s’y approchant.

Au même titre, il n’existe pas de label de qualité garantissant la véracité d’un appareil capable d’assurer la haute résolution dans son intégralité. Pourtant le moindre écran plat de qualité, lui fournit du 1080P sans sourciller…

 

Conclusions

Même si les choses évoluent, la haute définition 20 ans plus tard a du mal à se frayer un chemin à l’heure où nombre d’entre nous continuons à écouter en majorité du CD de qualité acceptable et du Streaming de qualité médiocre. Hormis les limitations techniques qui sont de plus en plus repoussées, la Hifi est souvent considérée pour raison historique comme la dernière roue du carrosse de l’audiovisuel.

Il manque clairement aujourd’hui une évolution des mentalités pour parfaire un cadre de la haute définition audio déjà existant qui a poussé tous azimuts sans avoir pris en compte la finalité : faire progresser la musique et sa qualité d’enregistrement vers le 21è siècle alors que la haute définition visuelle évolue à toute vitesse devenant très abordable et de qualité …

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2 Responses to La musique HD existe-t-elle ?

  1. Pierre says:

    Bonjour Richard,

    Etant à la recherche d’un petit DAC et naviguant de site en site, je suis tombé sur votre article parfaitement lucide.

    Du coup, j’en profite pour vous demander conseil: avez vous une suggestion pour un DAC (USB et Coaxial / Optique) dans une gamme de prix de 200/350 € ?

    Merci !

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